Labé, 3 avril (Infosbruts.com) – À Labé, le litige domanial autour du site de Pounthioun continue de susciter débats et interrogations. Alors que l’État guinéen, à travers le ministère de la Jeunesse et des Sports, y entreprend la construction d’un centre d’émergence pour les jeunes, certaines voix au sein de la communauté locale revendiquent la propriété traditionnelle du terrain.

Dans ce contexte tendu, le témoignage d’Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo, notable de Labé, apporte un éclairage historique précieux sur l’origine et l’usage de ce site stratégique.
Selon lui, l’existence du stade de Pounthioun remonte à la période coloniale, précisément aux années 1950. « Depuis 1952, toutes les grandes rencontres sportives se jouaient sur ce terrain », affirme-t-il. À l’époque, le site avait été aménagé par l’administration coloniale française, qui y avait construit des gradins et structuré l’espace pour accueillir compétitions sportives et rassemblements publics.
Le notable se souvient d’une organisation marquée par la ségrégation coloniale : « Les tribunes étaient réservées aux Blancs et à leurs familles, tandis que les Africains assistaient aux événements depuis les parterres. » Malgré ces inégalités, le stade attirait une forte affluence, notamment lors des matchs opposant équipes militaires, gendarmes et jeunes locaux.
Entre 1956 et 1957, le site servait également de cadre à des meetings et discours officiels. « Le commandant de cercle venait souvent faire l’éloge de la France et de sa civilisation », se remémore-t-il.
Outre le stade principal, un second terrain de sport existait à proximité de l’actuel siège de la chambre régionale de commerce. Celui-ci abritait notamment un court de tennis, principalement utilisé par les colons. Les jeunes de Labé, curieux et fascinés, s’y rendaient pour observer les matchs et récupérer les balles, recevant parfois en retour quelques pièces ou friandises.
Pour Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo, ces deux espaces relevaient clairement du domaine public colonial. « Je ne peux pas dire aujourd’hui que ce terrain appartient à un particulier. Je témoigne simplement de ce que j’ai vécu : ce site a toujours été exploité par l’administration », insiste-t-il.
Après l’indépendance de la Guinée en 1958, le terrain a continué d’être utilisé par les autorités, notamment sous le régime du Parti démocratique de Guinée, pour des activités sportives et politiques. Au fil des années, des transformations ont été opérées, notamment la construction du stade régional Elhadj Saïfoulaye Diallo et l’implantation de bâtiments administratifs par les travaux publics.
Le notable évoque également ses souvenirs d’écolier dans les années 1950, lorsqu’il fréquentait l’école de Kouroula, alors quartier administratif et résidentiel des colons. « Notre directeur, Léon Rougeot, ancien sergent-chef ayant participé à la Seconde Guerre mondiale, nous emmenait sur ce terrain pour des séances de gymnastique et des compétitions interscolaires », raconte-t-il.
Aujourd’hui, alors que les travaux du centre d’émergence avancent, ce témoignage vient nourrir une réflexion plus large sur la mémoire collective, la gestion du foncier et la légitimité des revendications.
Si la question de la propriété reste juridiquement complexe, une chose est certaine : le site de Pounthioun occupe une place centrale dans l’histoire sociale et sportive de Labé.
Par Idrissa Sampiring Diallo pour InfosBruts.com















