Labé, 11 Janv (Infosbruts.com) – La réplique de Souleymane Souza Konaté illustre précisément ce qu’elle prétend dénoncer : la substitution de l’indignation morale à l’analyse politique, du slogan à l’argument, de la posture à la démonstration.
En science politique, cela porte un nom précis : la dépolitisation du débat par la moralisation excessive. Affirmer que « la bêtise insiste toujours » n’est pas une thèse, c’est une facilité rhétorique. La politique ne se juge pas à l’aune des affects, mais à celle des institutions, des rapports de force, des mécanismes de légitimation et de la capacité à produire de l’ordre collectif. Or, sur ces terrains, le texte de Monsieur Konaté reste remarquablement silencieux.
Cette absence de substance s’accompagne d’une tentative de sacralisation de la figure de Cellou Dalein Diallo, présenté comme une entité quasi transcendante, une « bête noire des régimes autoritaires ». Cela relève d’une mythification politique plus que d’une analyse factuelle.
En démocratie réelle, la légitimité ne se nourrit ni de la persécution proclamée ni de l’exil entretenu, mais de la capacité à transformer un capital politique en victoire institutionnelle, dans un cadre donné.
Depuis plus de deux décennies, l’UFDG participe à la vie politique guinéenne sans jamais parvenir à convertir sa popularité revendiquée en prise effective sur l’État. En science politique, cela s’analyse non comme une fatalité imposée de l’extérieur, mais comme un déficit stratégique interne, une difficulté chronique à passer de la contestation à la construction.
La légitimité ne se décrète pas, dit Monsieur Konaté. C’est exact. Mais elle ne se proclame pas éternellement non plus.
Par ailleurs, l’argument de la « souveraineté à géométrie variable » utilisé pour attaquer le pouvoir repose sur une confusion conceptuelle majeure. La souveraineté contemporaine n’est ni l’autarcie ni le refus du regard extérieur ; elle est la capacité d’un État à décider par lui-même tout en interagissant avec le système international.
Chercher la reconnaissance internationale d’un processus électoral ne nie pas la souveraineté, c’est une pratique standard des États modernes. Le paradoxe réside plutôt dans le discours de ceux qui, tout en dénonçant l’Occident comme juge illégitime, sollicitent ses médias, ses chancelleries et ses intellectuels comme arbitres ultimes de la vérité politique guinéenne.
A cet égard, sanctuariser un journaliste comme Christophe Boisbouvier en le plaçant « au-dessus de tout soupçon » relève davantage de la foi que de la raison critique. Aucun journaliste n’est une autorité politique transcendante, et le débat ne se règle pas par l’onction médiatique, mais par la confrontation des faits et des procédures.
Cette quête de cautions morales s’étend jusqu’au recours à Thierno Monénembo comme juge ultime du processus électoral. Il incarne cette figure de l’intellectuel surplombant, prompt à diagnostiquer et à condamner, mais soigneusement éloigné de toute responsabilité opérationnelle. Monénembo écrit, critique, fulmine, mais il n’a jamais soumis ses idées à l’épreuve décisive de l’arène politique, celle où l’on ne se contente pas de dénoncer, mais où l’on doit organiser, assumer et rendre des comptes.
En démocratie, la vérité politique ne se confond pas avec le talent d’écriture. Au fond, deux visions irréconciliables s’affrontent aujourd’hui : d’un côté, une vision institutionnelle qui privilégie la stabilité et la continuité de l’État comme des biens fondamentaux ; de l’autre, une vision insurrectionnelle du verbe, où l’absence de victoire est systématiquement interprétée comme la preuve d’un complot.
Les nations ne se construisent pas sur des prophéties auto-réalisatrices ni sur la sacralisation de figures politiques inamovibles. Elles avancent lorsque les acteurs acceptent de se mesurer au réel, de revoir leurs stratégies et de proposer des projets crédibles plutôt que des récits consolateurs. L’histoire politique n’est pas un tribunal moral permanent, c’est un champ de responsabilités. Et c’est précisément là que se joue aujourd’hui le véritable débat guinéen.














