Conakry, 15 avril (Infosbruts.com) – À Khourégbé, dans le quartier de Coléah (commune de Matam), la nuit tombe désormais un peu plus tôt que prévu. Depuis ce mercredi, les habitants vivent au rythme des lampes torches, des bougies… et des factures impayées. La société Électricité de Guinée (EDG) a décidé de passer à l’action en plongeant toute une zone dans le noir, au nom du recouvrement des créances.

Une opération musclée, mais conforme à la nouvelle doctrine : « pas de paiement, pas de courant ». Une règle simple, presque pédagogique, appliquée ici avec une efficacité… lumineuse.
Sur le terrain, les versions divergent, mais le constat est partagé : le courant ne passe plus. Les agents d’EDG évoquent des arriérés prolongés, les habitants parlent de factures « parfois aussi mystérieuses que l’électricité elle-même ». Entre consommation réelle et montants affichés, certains résidents disent ne plus reconnaître leur propre compteur.
« On comprend qu’il faut payer, mais encore faut-il comprendre ce qu’on paie », glisse un habitant, dans une obscurité désormais propice à la réflexion.

Car à Khourégbé, la coupure ne se résume pas à une simple question de factures. Elle révèle un équilibre fragile entre exigence de rentabilité et réalités sociales. Dans un contexte économique tendu, où chaque dépense se négocie, l’électricité devient un luxe… facturé au prix fort.
Les conséquences, elles, ne tardent pas à se faire sentir. Petits commerces à l’arrêt, rues plongées dans le noir, sentiment d’insécurité grandissant… Le quotidien se réorganise tant bien que mal, avec des solutions de fortune et beaucoup de résignation.
Pris entre deux feux, le chef de quartier de Coléah Domino, Mohamed Meda Kamissoko, tente de jouer les médiateurs. Reconnaissant la légitimité de la démarche d’EDG tout en soulignant la précarité des populations, il plaide pour une approche plus souple. « L’électricité est essentielle, mais les conditions de paiement doivent tenir compte des réalités », explique-t-il, appelant à un rééchelonnement des dettes et à une meilleure communication.
Une position équilibrée, dans un dossier où chacun semble avoir raison… et tort à la fois. Car pendant que les autorités insistent sur la responsabilité citoyenne, les habitants, eux, attendent une forme de compréhension institutionnelle. Entre rigueur financière et justice sociale, le courant peine à trouver son chemin.

En attendant un éventuel compromis, Khourégbé reste plongé dans ce que certains appellent déjà « le black-out pédagogique ». Une situation où l’on apprend, à la lumière des bougies, que l’électricité n’est pas seulement une question de courant… mais aussi de moyens.
Et dans ce quartier de Conakry, une chose est sûre : si la facture est bien réelle, la solution, elle, reste encore dans l’ombre.
Par Idrissa Sampiring Diallo, chroniqueur des lumières qui s’éteignent mais des débats qui s’allument, pour Infosbruts.com















