Guinée, 16 févr (Infosbruts.com) – La réforme de l’état civil engagée en Guinée à travers la création de l’Office National de l’État Civil et de l’Identification (ONECI) continue de susciter débats et analyses. Dans une tribune citoyenne, Mamadou Diouldé Sow, activiste de la société civile guinéenne, propose une lecture nuancée de cette transformation institutionnelle, saluant sa nécessité tout en pointant les défis liés à sa mise en œuvre.

Mamadou Diouldé Sow, activiste Société civile
Une réforme jugée indispensable
Selon l’activiste, la création de l’ONECI répond à des dysfonctionnements structurels longtemps dénoncés : multiplicité d’extraits de naissance pour un même citoyen, absence d’identifiant unique fiable, faiblesse des statistiques démographiques et difficultés récurrentes lors des processus électoraux.
Pendant plusieurs décennies, rappelle-t-il, les mairies ont assuré la gestion de l’état civil avec des moyens limités et des outils souvent dépassés. Dans ce contexte, la centralisation et la sécurisation des données apparaissent comme une étape logique vers la modernisation de l’administration publique.
Toutefois, Mamadou Diouldé Sow estime que toute réforme, aussi pertinente soit-elle, doit être suffisamment expliquée et partagée avec les acteurs de terrain pour éviter incompréhensions et résistances.
ONECI et communes : une complémentarité sous tension
Sur le plan institutionnel, les rôles semblent clairement définis : les mairies assurent l’enregistrement des faits d’état civil, tandis que l’ONECI coordonne, centralise et sécurise les données. Mais dans la pratique, des tensions émergent.
Certaines collectivités locales exprimeraient un sentiment de marginalisation, se considérant reléguées à un simple rôle d’exécution sans transfert adéquat de moyens techniques et financiers.
À cela s’ajoute une confusion persistante chez les citoyens, qui peinent parfois à identifier le niveau de responsabilité en cas de retard ou de dysfonctionnement.
La gratuité des extraits de naissance et de la carte nationale d’identité, saluée comme une avancée sociale majeure, produirait également des effets ambivalents. Sans anticipation logistique suffisante, elle pourrait entraîner ruptures de service, frustrations et soupçons, fragilisant la confiance des usagers.
Le véritable défi : la gouvernance
Pour l’activiste, le principal enjeu ne réside pas dans le principe de la réforme, mais dans sa gouvernance. Les difficultés observées seraient davantage liées à une coordination insuffisante, à la complexité des circuits administratifs et à un déficit de communication publique.
Il insiste sur le fait que ni l’ONECI ni les mairies ne sauraient être tenues pour seules responsables. Le problème relèverait plutôt d’une articulation institutionnelle encore perfectible.
Des pistes pour consolider la réforme
Dans sa tribune, Mamadou Diouldé Sow formule plusieurs recommandations : Clarifier les rôles à travers une campagne nationale d’information pour réduire la confusion entre les différentes structures. Renforcer les capacités des communes, notamment en équipements, formations et ressources humaines adaptées à la numérisation. Mettre en place un cadre permanent de concertation entre l’ONECI et les collectivités locales afin d’anticiper les crises. Mieux planifier la gratuité, en sécurisant les financements et en anticipant les périodes de forte demande. Introduire des mécanismes de redevabilité citoyenne, pour renforcer la transparence et protéger les agents communaux contre des accusations injustifiées.
Restaurer la confiance citoyenne
Au-delà des aspects techniques, l’activiste voit dans cette réforme une opportunité historique de renforcer la citoyenneté et la gouvernance publique en Guinée. Il appelle à dépasser toute logique de concurrence institutionnelle.
Selon lui, ONECI et mairies doivent être perçues comme des partenaires complémentaires au service du citoyen. Moderniser l’état civil ne devrait pas se limiter à la numérisation des registres, mais viser une restauration durable de la confiance entre l’État et les populations.
Une ambition qui, conclut-il, dépendra moins des textes que de la capacité des institutions à coopérer efficacement et à placer l’usager au cœur du dispositif.
Par Idrissa Sampiring Diallo pour Infosbruts.com















