Labé, 15 avril (Infosbruts.com) – À Labé, les chantiers poussent comme des champignons en saison des pluies. Routes, mosquées, hôpitaux, aéroport… sur le papier, la région administrative ressemble déjà à une vitrine du développement. Sur le terrain, en revanche, certains projets semblent avoir adopté une stratégie pour le moins originale : avancer… lentement, très lentement. À tel point que même le caméléon commence à s’impatienter.

Officiellement, tout va bien. Très bien, même. La grande mosquée avance à grands pas, les voiries urbaines prennent forme et le bitumage rassure les populations. De quoi donner l’impression que Labé est en pleine métamorphose. Une sorte de « nouvelle peau » en cours d’installation, comme le reconnaît lui-même Ismaël Dieng, président du Conseil régional des organisations de la société civile, interrogé par Guineematin.com, à travers son correspondant à Labé.

Ismaël Diang – Président du Conseil Régional des Chantiers à Vitesse Variable
Mais à y regarder de plus près, le tableau est un peu moins harmonieux. Prenez la route Labé-Mali, par exemple. Deux lots avancent, le troisième… médite. Entre Yembering et Mali-centre, les travaux semblent avoir choisi une autre philosophie : celle de la contemplation. Résultat, les populations observent, s’interrogent, et surtout attendent. Sans réponse. Sans communication. Juste avec beaucoup d’imagination.
Même scénario pour la route Labé-Tougué. Ici, la première pierre a été posée avec enthousiasme. Depuis ? Silence radio. La pierre, elle, est toujours là. Fidèle au poste. Probablement la partie la plus stable du projet.
Du côté de l’aéroport, la situation n’est guère plus turbulente. Quelques grillages ont été installés – histoire de sécuriser, dit-on – mais pour le reste, les avions devront encore patienter avant de rêver d’un décollage sur une piste flambant neuve.

Heureusement, tout n’est pas à l’arrêt. À Hôré Saala, le centre médical régional avance, certes avec un léger retard à l’allumage, mais avance quand même. Une progression qui rappelle qu’à Labé, certains chantiers ont choisi d’exister… réellement.
Face à cette symphonie de rythmes discordants, la société civile tente de jouer le rôle de chef d’orchestre. Et son instrument principal reste le plaidoyer. « Nous allons demander des comptes », annonce Ismaël Dieng. Traduction : essayer de comprendre ce qui avance, ce qui recule, et surtout ce qui a décidé de ne pas bouger du tout.
Car le vrai problème n’est pas tant l’existence des projets que leur devenir. Entre les poses de premières pierres dignes de grands spectacles et les réalisations qui tardent à voir le jour, un décalage s’installe. Et il commence à se voir.

D’ailleurs, la société civile propose une idée simple, presque révolutionnaire : moins de cérémonies pour lancer les travaux, plus de célébrations pour les terminer. Autrement dit, inverser la logique. Une suggestion qui pourrait éviter que certaines infrastructures ne restent à l’état de promesses… solidement posées sur une première pierre.
En attendant, à Labé, les chantiers continuent leur chemin. Certains courent, d’autres marchent… et quelques-uns semblent avoir décidé de faire une pause méditative prolongée.
Une chose est sûre : dans cette course au développement, tout le monde n’a pas la même vitesse. Et pour certains projets, l’arrivée semble encore très, très loin.
Par Idrissa Sampiring Diallo, analyste des premières pierres à longue espérance de vie pour Infosbruts.com









