Labé, 29 avril (Infosbruts.com) – Démissionner sans partir, ou l’art subtil du “je suis plus là… mais quand même un peu”. Tountouroun, paisible commune rurale, vient d’entrer dans le grand théâtre de l’absurde administratif. En vedette : Maître Tala Oury Sow, ancien président de la délégation spéciale… enfin, “ancien”, c’est vite dit.

Car dans cette localité, la démission semble être devenue un concept philosophique, presque spirituel. On démissionne, certes, mais sans quitter. On abandonne le poste… tout en gardant le cachet. Et surtout, on continue de signer. Beaucoup signer.
Une démission très… active
Officiellement, Maître Sow n’est plus en fonction. Officieusement, son stylo, lui, n’a jamais pris de congé. Les 6 et 9 avril 2026, soit après la date limite de dépôt des candidatures pour les élections communales du 31 mai, des attestations de cession ont été dûment signées, tamponnées, validées. Avec tout le sérieux de l’administration… par quelqu’un censé ne plus administrer.
À ce rythme, on pourrait bientôt assister à un nouveau statut juridique : ex-responsable en activité prolongée.
Le cachet magique
Dans beaucoup d’endroits, le cachet administratif est un simple outil. À Tountouroun, c’est visiblement une extension de la personnalité. On ne le rend pas, on ne s’en sépare pas. Il accompagne son détenteur dans toutes ses décisions, même après la sortie officielle. Certains parlent déjà d’un objet mystique : tant que le cachet est là, la fonction survit.
Quand la loi devient suggestion
Pourtant, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation avait été clair : démission obligatoire, dépôt de rapport de gestion, puis candidature. Une séquence simple, logique, presque ennuyeuse.
Mais à Tountouroun, on préfère une version remixée : candidature d’abord, démission ensuite… ou jamais… ou à moitié… ou symboliquement.
Résultat : un candidat sur la liste communale de la GMD qui continue tranquillement à exercer des actes administratifs. Une performance qui ferait pâlir d’envie les amateurs de multitâche.
Candidat le jour, gestionnaire la nuit
La situation soulève une question fascinante : peut-on être simultanément candidat et ancien responsable toujours en fonction ? À Tountouroun, la réponse semble être un “oui” franc et assumé.
Pourquoi choisir entre campagne électorale et gestion administrative, quand on peut faire les deux ? Gagner du temps, optimiser les ressources, signer quelques documents au passage… c’est ça, l’efficacité locale.
Une innovation démocratique ?
Certains esprits critiques parleront de confusion des genres, voire de non-respect des règles. D’autres y verront une innovation : la continuité de l’État assurée par ceux qui ont déjà décidé de passer à autre chose… sans vraiment passer.
En attendant, à Tountouroun, une chose est sûre : la démission n’est plus une fin. C’est une option. Une suggestion. Un état d’esprit.
Et si la tendance se confirme, il faudra peut-être bientôt repenser tout le vocabulaire administratif : “En fonction” ; “Hors fonction” ; et désormais… “entre les deux”.
Par Idrissa Sampiring Diallo pour Infosbruts.com














