Kankan, 28 avril (Infosbruts.com) – À Kankan, le procès de plusieurs responsables syndicaux, poursuivis à la suite d’une action de blocage de la voie publique, a connu son épilogue avec la condamnation de six prévenus. Une affaire qui met en lumière les tensions autour des revendications sociales et les limites légales de certaines formes de mobilisation.

Fodé Bintou Keita, Procureur TPI Kankan
Face à la presse, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kankan, Fodé Bintou Keïta, est revenu en détail sur les faits à l’origine des poursuites. Selon lui, tout remonte à plusieurs semaines, lorsque des syndicalistes, appuyés par des chauffeurs, ont entrepris de barricader un axe routier stratégique dans la localité de Diankana, située à quelques kilomètres de la ville.
L’opération aurait été menée aux environs de 2 à 3 heures du matin, avec pour objectif d’empêcher toute circulation. À l’origine de cette mobilisation : une contestation contre une convention de transport conclue entre la Guinée et une société malienne. Malgré les tentatives de médiation des autorités administratives, notamment du préfet, les manifestants auraient maintenu leur position, conduisant à l’ouverture d’une procédure judiciaire.
Des infractions multiples retenues
Les prévenus ont été poursuivis pour attroupement non autorisé sur la voie publique, outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions, ainsi que pour coups et blessures volontaires. Le ministère public a également indiqué que des substances psychotropes ont été découvertes dans le véhicule de l’un des suspects lors des opérations de fouille, un élément venu alourdir le dossier.
Toutefois, au cours de l’audience, le parquet a reconnu l’insuffisance de preuves à l’encontre de deux des huit personnes initialement poursuivies. Leur mise hors de cause a été requise, conformément aux dispositions de l’article 544 du Code de procédure pénale.

Une décision jugée équilibrée
À l’issue des débats, le tribunal a retenu la culpabilité de six prévenus. L’un d’eux a été condamné à six mois d’emprisonnement ferme, assortis d’une amende d’un million de francs guinéens. Les cinq autres ont écopé de 28 jours de prison ferme, accompagnés de la même sanction pécuniaire.
Le procureur s’est dit satisfait du déroulement du procès, soulignant que la défense a plaidé coupable pour les infractions retenues, ce qui, selon lui, conforte la pertinence des poursuites engagées.
De son côté, l’avocat de la défense, Ibrahima Kalil Kanté, a salué une décision mesurée. Il estime que le tribunal a su faire preuve de discernement en tenant compte à la fois de la matérialité des faits et du contexte dans lequel ils se sont produits.

Maître Ibrahima Kalil Kanté, Avocat de la défense
Entre revendications sociales et cadre légal
Cette affaire relance le débat sur les modes d’expression des revendications syndicales, notamment lorsqu’elles touchent à la libre circulation des personnes et des biens. Si le droit de protester est reconnu, son exercice reste encadré par la loi, comme l’a rappelé ce jugement.
À Kankan, ce verdict marque ainsi un rappel à l’ordre, mais aussi un signal sur la nécessité de concilier dialogue social et respect des règles républicaines.
De Kankan, Abdoulaye Kallo pour Infosbruts.com














