Kankan, 14 Janv (Infosbruts.com) – La pratique de la mendicité prend de plus en plus d’ampleur dans la ville de Kankan. Présente aussi bien dans les artères principales que dans les lieux de culte et les marchés, elle constitue aujourd’hui un moyen de survie pour de nombreuses personnes, y compris des individus pourtant aptes au travail. Une situation qui suscite l’inquiétude et l’indignation de plusieurs acteurs de la société civile, notamment ceux œuvrant pour la défense des droits des personnes handicapées.

Rencontrée ce mercredi 14 janvier 2026, Madame Diabaté Mariame Kaba, directrice du centre spécialisé Tawakaltou, a fermement dénoncé la mendicité, qu’elle considère comme une pratique attentatoire à la dignité humaine. Selon elle, le handicap ne doit en aucun cas être perçu comme une fatalité justifiant l’oisiveté ou la dépendance permanente à l’aumône.
« La mendicité n’est pas une valeur respectable. Le handicap n’est pas une condamnation à ne rien faire. Tant que la personne est capable de réfléchir et d’entreprendre, elle peut exercer une activité génératrice de revenus », a-t-elle déclaré, appelant les parents d’enfants handicapés à assumer pleinement leurs responsabilités en garantissant à ces derniers l’accès à l’éducation et aux droits spécifiques.
Toutefois, Madame Diabaté reconnaît que certaines situations particulières méritent une approche nuancée. Elle cite notamment les personnes aveugles ou sévèrement malvoyantes, pour lesquelles la mendicité peut parfois être tolérée en raison des contraintes extrêmes liées à leur handicap. « Mais même dans ces cas, la mendicité ne saurait constituer une solution durable ou satisfaisante », a-t-elle précisé.

Madame Diabaté Mariame Kaba, directrice du centre spécialisé Tawakaltou
La directrice du centre Tawakaltou a également mis en lumière les nombreuses souffrances endurées par les mendiants. Entre l’incertitude quotidienne des revenus, les humiliations, les regards méprisants et les gestes parfois condescendants de certains donateurs, la mendicité expose les personnes concernées à une perte progressive de leur dignité.
« Quand on mendie, si on ne sort pas, on ne gagne rien. Et même quand on reçoit de l’argent, certains le font sans respect, parfois en donnant des sommes dérisoires. Cela affecte profondément l’estime de soi », a-t-elle expliqué, dénonçant également le fait que certains parents utilisent leurs enfants pour susciter la compassion.
Face à cette réalité, le centre spécialisé Tawakaltou mène régulièrement des actions de sensibilisation auprès des personnes vivant avec un handicap, afin de les dissuader d’impliquer leurs enfants dans la mendicité et de les encourager vers l’autonomisation.
Madame Diabaté Mariame Kaba a par ailleurs interpellé les autorités et la communauté sur l’urgence de renforcer leur implication, notamment en matière de scolarisation des enfants de mendiants. « Aucun enfant en âge d’aller à l’école ne devrait se retrouver dans la rue pour accompagner un adulte. L’éducation doit rester une priorité absolue », a-t-elle insisté.
Elle a enfin déploré la prolifération de la mendicité parmi des personnes valides, notamment dans les lieux de culte, appelant celles-ci à se tourner vers des activités productives afin de ne pas accentuer la marginalisation des personnes réellement vulnérables.
À Kankan, la mendicité apparaît ainsi comme un phénomène complexe, à la croisée de la pauvreté, du manque d’opportunités économiques et de l’insuffisance de mécanismes d’inclusion sociale. Un défi majeur qui interpelle aussi bien les autorités que l’ensemble de la société.
De Kankan, Abdoulaye Kallo pour Infosbruts.com















