Labé, 13 nov. (Infosbruts.com) – Depuis la sortie médiatique pour le moins controversée de Siné Magassouba, directeur de cabinet du gouvernorat de Labé, la tension est montée d’un cran entre l’administration territoriale et la population. En voulant « moraliser » l’usage des véhicules de commandement, le haut fonctionnaire a ouvert, sans le vouloir, une véritable chasse aux sous-préfets.
Lors de son passage dans les médias, M. Magassouba a invité les citoyens à photographier les véhicules des sous-préfets « supposés en situation irrégulière » pour documenter leurs déplacements et permettre à la hiérarchie de « prendre des sanctions appropriées ».
Une sortie jugée irresponsable, humiliante et dangereuse par plusieurs observateurs.
Résultat : à chaque apparition d’un véhicule administratif, les téléphones portables se dégainent plus vite que les carnets de notes des journalistes. Les sous-préfets, désormais transformés en stars malgré eux, roulent sous le regard soupçonneux d’une population à l’affût, prête à les épingler sur les réseaux sociaux.
Une traque absurde ou un excès de zèle administratif ?
Mais au fond, se demandent beaucoup, de quoi accuse-t-on réellement les sous-préfets ?
Peut-on interdire à un administrateur territorial d’utiliser son véhicule de commandement la nuit, au moment où il est censé être au service de ses administrés ?
Et que faire lorsqu’à 3 heures du matin, il faut évacuer d’urgence un notable malade d’un village enclavé vers l’hôpital régional de Labé ?
Quand, sur son chemin, il croise des écoliers marchant des kilomètres pour rejoindre leur école, doit-il les laisser sur le bas-côté, au nom de la rigueur administrative ?
Faut-il aussi qu’il refuse de transporter la femme du président de la délégation spéciale et ses enfants parce qu’ils partagent la même route ? Si c’est cela la bonne gouvernance, alors on nage en plein surréalisme bureaucratique.
Des sous-préfets entre marteau et poussière
Sur le terrain, les sous-préfets de Labé se débattent dans une double réalité :
d’un côté, des populations exigeantes et souvent démunies ; de l’autre, une hiérarchie tatillonne qui parle de “discipline” tout en oubliant la rudesse des conditions rurales.
Comment rester en poste quand il n’y a ni logement décent, ni école pour les enfants, ni routes praticables ?
Comment « servir » la population quand on ne peut même pas circuler librement dans son propre ressort administratif ?
Et pendant ce temps, le directeur de cabinet, lui, circule tranquillement dans Labé avec le véhicule de fonction du gouvernorat, souvent aperçu dans des rassemblements de soutien au Général Mamadi Doumbouya, avec des passagers inconnus de l’administration régionale. À ciel ouvert, et sans complexe.
Ironie du sort : celui qui appelle à la retenue publique donne lui-même un spectacle permanent de ce qu’il dénonce.
“Qu’on foute la paix à ces sous-préfets !”
La sentence populaire est tombée, aussi sèche que la poussière de Dombi : « Qu’on foute la paix à ces sous-préfets ! »
Ces hommes de terrain, souvent oubliés dans leurs postes reculés, portent le fardeau du service public sans les privilèges de ceux qui les sermonnent depuis les bureaux climatisés.
Moraliser l’administration, oui — mais encore faudrait-il commencer par le haut.
Car à Labé, la morale administrative semble avoir des vitres teintées : on voit très bien les autres, mais jamais son propre reflet.
Par Idrissa Sampiring Diallo pour Infosbruts.com
Enquête et analyse autour de la polémique sur l’usage des véhicules de commandement à Labé.















