Guinée, 13 nov. (Infosbruts.com) – En Guinée, il est devenu presque dangereux d’être compétent, et suspect d’être brillant. Le talent y provoque la méfiance, la réussite y déclenche la rumeur, l’excellence y attire la haine. C’est une tragédie silencieuse : celle d’un pays où la valeur d’un individu ne se mesure plus à son mérite, mais à la quantité de soupçons qu’il suscite.
La jalousie sociale s’est installée comme une seconde nature. Elle habite les discussions, les réseaux sociaux, les milieux professionnels, parfois même les familles. Elle ne se dit pas toujours, mais elle s’entend dans les demi-phrases, les sous-entendus, les sourires forcés. Dès qu’un Guinéen se distingue, on cherche aussitôt à l’expliquer par autre chose que son travail. S’il réussit, c’est qu’il a « ses relations ». S’il s’impose, c’est qu’il a « de la chance ». Et s’il persiste à exceller, on finit par le détester, tout simplement parce qu’il rappelle, sans le vouloir, les limites des autres.
C’est là le drame profond : nous avons appris à douter de la compétence plutôt qu’à la célébrer. Au lieu de s’inspirer des meilleurs, beaucoup préfèrent les abattre. Au lieu d’apprendre de ceux qui savent, on s’emploie à les discréditer. Cette haine des compétences est un poison lent, qui empêche le pays d’avancer, car aucune nation ne se développe en humiliant ceux qui portent en eux la lumière du savoir et de l’efficacité.
L’histoire récente le prouve : chaque fois que la Guinée a produit des esprits rigoureux, des cadres brillants ou des penseurs courageux, la société les a souvent combattus au lieu de les soutenir. On confond la lucidité avec l’arrogance, l’intelligence avec la prétention, la réussite avec la trahison. Et pendant ce temps, les médiocres prospèrent, protégés par le confort de la masse et l’art d’excuser leurs propres échecs.
Le pays ne se relèvera pas tant qu’il continuera à crucifier ses meilleurs enfants. La vraie indépendance ne se conquiert pas seulement contre les puissances étrangères, mais aussi contre nos propres démons intérieurs : l’envie, la suspicion, la petitesse d’esprit. Il faut oser rompre avec cette culture de la jalousie qui transforme chaque talent en cible, chaque réussite en scandale, chaque compétence en menace.
Réhabiliter l’admiration, c’est restaurer l’espérance. C’est comprendre qu’un Guinéen qui réussit ne nous vole rien : il ouvre simplement une voie que d’autres pourront suivre. La grandeur d’un pays se mesure à sa capacité de protéger et d’encourager ceux qui savent, qui osent, qui excellent.
La Guinée n’a pas besoin de plus de critiques. Elle a besoin de respect pour l’effort, de reconnaissance pour le mérite et d’amour pour l’intelligence. Ce jour-là, peut-être, la jalousie cessera d’être notre sport national, et la réussite redeviendra ce qu’elle aurait toujours dû être : une fierté collective.















