Labé, 20 nov. (Infosbruts.com) – Il existe dans ce pays une catégorie étrange d’hommes politiques. Ils ne sont ni dangereux, ni brillants, ni même particulièrement stratèges. Non, leur trait distinctif est ailleurs : ce sont des pleurnichards professionnels. Des virtuoses de la lamentation. Des champions olympiques du gémissement républicain.
A peine un article de presse mentionne leur nom qu’ils se roulent au sol comme si la démocratie venait de leur marcher sur le pied. Ils s’agitent, halètent, tremblent presque. On pourrait croire qu’un complot international s’est abattu sur eux. Mais non. Il s’agit simplement d’une phrase, d’une analyse, d’un commentaire qui ne les couronne pas du titre de sauveur de la nation.
Et les voilà qui se précipitent dans leurs téléphones. Ils appellent Paul, puis Pierre, puis l’oncle du cousin du meilleur ami du journaliste. Ils se plaignent, ils se confient, ils murmurent d’une voix tragique
Ce journaliste est contre moi
Il ne m’aime pas
Il s’acharne
On l’a payé pour me détruire
On complote contre mon image
A les écouter, la presse tout entière est une association secrète dédiée à leur persécution personnelle. Ils pensent qu’un éditorial politique est écrit avec l’intention de leur faire du mal, qu’un reportage critique est une déclaration de guerre, et qu’une question un peu incisive est un acte de violence presque militaire.
C’est à croire qu’ils ont oublié le b.a.-ba de la vie publique : si l’on parle de vous, c’est que vous existez. Si l’on vous critique, c’est que vous comptez. Si l’on vous attaque, c’est que vous êtes entré dans l’arène.
Le véritable drame politique n’est pas d’être bousculé dans un article.
Le véritable drame, c’est de ne plus être cité nulle part.
La politique est une scène. Et sur une scène, le pire qui puisse arriver n’est pas le sifflet du public, mais le rideau qui se referme dans le silence général. Un homme politique qui ne fait pas l’actualité, qui ne provoque aucun débat, qui n’alimente aucune discussion, est déjà à moitié enterré.
Il marche encore, certes, mais l’histoire a déjà commencé à l’oublier.
Les pleurnichards pensent qu’un journaliste qui les critique est leur ennemi. Quelle erreur. Un journaliste peut provoquer, piquer, exagérer, chercher le sensationnel parce que c’est le cœur même de son métier. Mais un journaliste ne vous déteste pas.
Il vous utilise. Et c’est tant mieux pour vous.
Chaque article à votre sujet, bon, mauvais, inadéquat, exagéré, est une pièce supplémentaire dans votre capital politique. C’est une preuve de vie. Une preuve d’existence. Une preuve d’intérêt public.
Le silence médiatique, lui, est un acte de décès non rédigé.
Mais cela, nos pleurnichards ne veulent pas l’entendre. Ils préfèrent attaquer la presse plutôt que de comprendre qu’elle leur offre quelque chose que l’argent, les réseaux et les intrigues n’obtiendront jamais : la présence. Le bruit. La rumeur. La visibilité.
Un homme politique doit être discuté en permanence. Il doit provoquer, inspirer, irriter, faire parler. Rien n’est pire que l’indifférence. Un élu qui n’est plus dans les journaux n’est plus dans les têtes. Et un homme politique qui disparaît des têtes disparaît tout simplement.
La politique est un art sonore. Ceux qui réussissent sont ceux qui acceptent le bruit. Ceux qui échouent sont ceux qui réclament du silence.
Un homme politique efficace doit comprendre que chaque critique médiatique est une publicité gratuite. Une attaque est une invitation. Un désaccord est une confirmation d’existence.
Il n’y a qu’un seul vrai danger pour un responsable politique :
que plus personne n’ait envie de le critiquer.
Le jour où les journalistes cessent de vous provoquer, ce n’est pas qu’ils vous respectent.
C’est qu’ils se fichent de vous.
Alors, chers pleurnichards, rangez vos mouchoirs. Les larmes n’ont jamais construit une carrière. Les plaintes n’ont jamais renforcé une stature.
Acceptez la lumière, toute la lumière, même celle qui chauffe un peu trop.
Un homme politique, ce n’est pas le calme autour de lui.
C’est le bruit. Le vrai bruit. Celui qui dérange. Celui qui oblige à exister.
La République n’a pas besoin de victimes imaginaires.
Elle a besoin d’acteurs assumés.















