Guinée, 21 nov. (Infosbruts.com)-Il y a des responsables publics qui pensent être des héros parce qu’ils paient, de leur poche, ce que l’État devrait financer légalement. Ils s’imaginent que sortir leur argent personnel pour acheter un ordinateur ou remplir un réservoir est une preuve de bravoure. En réalité, c’est une preuve de non-respect de la loi. Et ils s’en vantent, en plus. Ils posent avec leurs dépenses illégales comme d’autres posent avec une médaille.

Dans n’importe quel État sérieux, ce comportement ne serait pas applaudi. Il serait sanctionné. Parce qu’un responsable qui utilise son argent personnel pour couvrir des dépenses publiques commet une infraction administrative, une violation des règles budgétaires, et un contournement pur et simple de la loi.
Les règles sont pourtant claires :
a- aucune dépense publique ne peut être exécutée hors procédure,
b- aucun responsable ne peut engager des fonds privés dans une mission d’État,
c- toute opération doit transiter par un budget voté, contrôlé, tracé et audité.
Mais eux préfèrent ignorer les textes et agir comme si l’administration était leur propriété. Ils transforment le service public en annexe de leur compte personnel. Pour une raison mystérieuse, ils appellent cela un « sacrifice ». Les juristes, eux, appellent cela une irrégularité flagrante.
Car dès qu’un responsable paye quelque chose à la place de l’État :
a- il contourne le circuit budgétaire,
b- il court-circuite le comptable public,
c- il met hors-jeu le contrôle financier,
d- il crée une zone d’ombre où plus rien n’est légal.
Autrement dit : il déstructure l’administration, il détruit la transparence et il annule les garanties que la loi impose. Mais au lieu de reconnaître leur erreur, ils pavanent. Ils veulent être vus. Ils veulent qu’on leur dise merci pour avoir violé les règles.
On atteint alors le comble du ridicule : un responsable enfreint la loi… et croit qu’il mérite une médaille pour ça. On remplace les procédures par des reçus personnels, la comptabilité publique par un portefeuille privé. Et avec un tel système, ce n’est plus l’État qui gouverne : ce sont les économies de chacun.
Si l’on suivait leur logique, la gestion publique deviendrait un marché informel : un directeur riche aurait un service performant, un directeur pauvre aurait un service en ruine, et la loi, elle, dormirait dans un tiroir.
Voilà le résultat quand on confond initiative personnelle et illégalité administrative.
Et le plus cocasse, c’est la suite : la demande de remboursement.
Après avoir violé les règles, après avoir contourné le budget, après avoir transformé l’administration en caisse secondaire, les mêmes reviennent, très officiellement cette fois, pour réclamer… le remboursement. Ils se présentent au comptable public avec leurs factures personnelles, persuadés qu’une irrégularité peut devenir régulière par simple effet de rattrapage. Ils veulent être félicités pour l’illégalité, puis dédommagés par les procédures qu’ils ont méprisées. L’exploit est total : ils créent la faute, puis demandent à l’État de la financer. Le mécénat à crédit, payé par le contribuable.
La République n’a pas besoin de mécènes. Elle a besoin de responsables qui respectent la loi. Les vrais serviteurs publics ne remplacent pas les procédures : ils les défendent. Ils n’utilisent pas leur argent : ils exigent que le budget légal soit appliqué.
Ceux qui bricolent l’État avec leur portefeuille ne sont pas des héros. Ce sont des contrevenants persuadés d’être vertueux. Et à force de contourner les règles, ils finiront par découvrir une vérité simple : dans l’administration, la bonne intention n’efface jamais l’illégalité.















