Guinée, 13 nov. (Infosbruts.com) – A quelques semaines de la présidentielle du 28 décembre 2025, un phénomène rare traverse la scène politique guinéenne : la naissance d’une nouvelle espèce, fragile et bruyante à la fois, le candidat recalé… heureux. Oui, heureux. Ces acteurs du jeu national affichent une sérénité presque suspecte, comme s’ils venaient de gagner ce qu’ils avaient toujours secrètement désiré : ne pas se présenter.
Car voilà la vérité qu’ils n’osent pas dire tout haut : être éliminé à temps, loin des urnes, les protège de la plus cruelle des confrontations, celle avec la réalité. Une réalité froide, impitoyable, parfois même humiliante : celle des chiffres. Ces candidats savent pertinemment que la popularité ne se décrète pas, qu’elle ne se mendie pas, qu’elle ne se bricole pas sur une page Facebook, ni dans un studio radio ou dans un groupe WhatsApp.
Et dans un pays où le peuple connaît mieux le nom de sa vendeuse d’arachides que celui de certains prétendants à Sékhoutouréya, il est toujours plus confortable d’être écarté que d’être désavoué. L’exclusion devient alors un refuge honorable, une explication prête à l’emploi, un récit politique tout neuf qu’on porte comme un badge de victime ou de dissident incompris.
D’ailleurs, on peut se demander si certains n’ont pas travaillé avec une application presque académique à ne jamais remplir toutes les conditions. Comme ce cultivateur paresseux qui « oublie » volontairement sa daba au village avant d’aller au champ, convaincu que rentrer bredouille vaut toujours mieux que montrer à tous qu’il n’a pas la force de sarcler. On dirait même que la non-conformité est devenue une stratégie, une manière de dire au pays : « Voyez, ce n’est pas moi qui ai perdu, c’est la procédure qui m’a rejeté. »
Le grand art, dans cette chorégraphie politique, c’est de faire de sa propre négligence un acte de résistance. On s’invente des complots imaginaires, des ennemis invisibles, des manœuvres sans manœuvriers. Le récit est prêt, servi tiède : « Si j’avais été autorisé à concourir, tout aurait été différent. » Et ce « différent » demeure, comme toujours, une promesse sans calendrier, un futur que personne ne réclame et que même eux n’attendent plus vraiment.
Mais il faut reconnaître à nos recalés enchantés une qualité rare : celle de maîtriser l’art de retomber sur leurs pieds. Ils transformeront leur absence en héroïsme, leur inéligibilité en destin, et leur manque de popularité en vision prophétique. Dans ce pays où la parole vaut souvent plus que la preuve, où la politique se raconte mieux qu’elle ne se gagne, ils sont, finalement, les véritables maîtres du récit.
La présidentielle se jouera sans eux, c’est vrai, mais ils auront gagné quelque chose de précieux : le confort d’un échec sans humiliation. Ils pourront continuer à parler d’avenir sans jamais affronter le verdict du présent. Et, au fond, n’est-ce pas là la plus douce des victoires ?
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