Guinée, 23 août (Infosbruts.com) – Il est des destins politiques qui naissent de la crise et qui, à force de volonté et de clairvoyance, transforment l’épreuve en opportunité historique. Franklin Delano Roosevelt fut de ceux-là : élu en 1933 au chevet d’une Amérique brisée par la Grande Dépression, il sut, par le New Deal, réconcilier un peuple avec ses institutions et redonner au rêve américain sa vigueur. Huit décennies plus tard, à des milliers de kilomètres de Washington, un parallèle s’impose : et si le colonel Mamady Doumbouya, porté au pouvoir par les turbulences guinéennes, pouvait devenir, pour la Guinée, ce que Roosevelt fut pour les États-Unis ?
La comparaison n’est pas fortuite. Dans les deux cas, le point de départ est identique : un pays à genoux, un peuple désabusé, un État fragilisé par les errements de ses élites. Roosevelt hérite d’une Amérique de files d’attente, de faillites bancaires et de chômage de masse. Doumbouya prend les rênes d’une Guinée rongée par la corruption, abîmée par le culte des mandats à rallonge, minée par la fracture sociale. L’un comme l’autre, dans la tempête, font le choix d’incarner la rupture.
Roosevelt avait compris qu’on ne réanime pas une nation avec des demi-mesures. Il osa des réformes radicales, inventa un État social, fit de la puissance publique le levier de la reconstruction. Doumbouya, lui aussi, a saisi que l’heure des replâtrages était révolue. Sa promesse ? Refonter l’État guinéen, doter le pays d’institutions solides, imposer une nouvelle règle du jeu où la Constitution ne serait plus une variable d’ajustement aux ambitions personnelles.
Contrairement à Roosevelt, qui pouvait s’appuyer sur la mécanique d’une démocratie installée, Doumbouya évolue dans un terrain bien plus accidenté. Mais c’est précisément dans cet espace incertain que se révèlent les grands réformateurs : là où les repères vacillent, où tout est à reconstruire, ils posent les fondations de l’avenir. Le chef de la transition guinéenne ne dispose pas du confort institutionnel d’un mandat électif long ; il a en revanche ce capital rare que peu d’hommes politiques possèdent : la liberté de redessiner les règles, de penser au-delà du court terme et de refonder un pacte national.
Là encore, l’histoire américaine fournit une leçon : Roosevelt fut contesté, caricaturé, combattu. Mais il tenait une boussole, la confiance du peuple et la certitude que l’État devait se réinventer. Doumbouya est aujourd’hui dans cette même équation. S’il tient le cap des réformes, s’il livre à son pays une Constitution robuste, s’il ferme la parenthèse transitionnelle par un transfert pacifique et crédible du pouvoir, alors, oui, la Guinée pourra dire que son 5 septembre 2021 aura eu la fécondité d’un 4 mars 1933.
Les comparaisons historiques ne valent que par ce qu’elles inspirent. Roosevelt a sauvé la démocratie américaine en la réinventant. A Doumbouya d’écrire, dans un contexte tout autre, une page semblable. Car si Roosevelt a rendu à l’Amérique sa grandeur, Doumbouya peut, lui, rendre à la Guinée sa promesse.
Chérif Sampiring Diallo Éditorialiste InfosBruts.com
« Une plume au service de la Guinée «