Guinée, 23 août (Infosbruts.com) – En Guinée, certains politiciens ont trouvé une reconversion de luxe : quand les urnes les boudent, ils s’improvisent professeurs de droit. Aboubacar Biro Soumah, président du Parti pour le Progrès et le Changement (PPC), vient d’en donner une caricature. Interrogé ce 23 août 2025 par guineematin.com sur la suspension de l’UFDG, du RPG et du PRP, il s’est soudain découvert une toge imaginaire et un Code de 1991 en guise de bréviaire. Problème : même ce texte fétiche, il n’en connaît pas les articles. Voilà donc un « juriste » qui plaide sans dossier, ni mémoire, ni crédibilité.
La musique est connue : « seule la justice peut suspendre un parti ». Ah bon ? Donc, l’Administration du Territoire est devenue figurante dans sa propre pièce ? Petit rappel de droit pour les amnésiques volontaires : le juge dissout, l’Administration suspend. Comme partout ailleurs. Confondre les deux, c’est comme comparer un arrêt de mort à une simple ordonnance médicale. Mais à force de vouloir paraître savant, on finit par réciter à l’envers ses propres leçons.
Quant à la fameuse charte de 1991, brandie comme un gri-gri, il faudrait arrêter le fétichisme juridique. La charte ne flotte pas dans les nuages : elle marche avec le Code électoral, la loi sur les associations et toutes les ordonnances qui donnent au MATD le rôle de gendarme. Feindre de l’ignorer, c’est mutiler volontairement le droit pour bricoler une plaidoirie de circonstance.
Et sur les congrès ? Là encore, le raisonnement de Soumah frôle le ridicule. Un parti qui ne tient pas son congrès, c’est une boutique sans inventaire, une mosquée sans imam, une maison sans toit. Ses statuts deviennent du papier hygiénique. Mais il faudrait, selon lui, fermer les yeux au nom de la démocratie. Quelle démocratie ? Celle du laisser-aller et du « chacun pour soi » ? Non, la démocratie est d’abord discipline et rigueur. Pas caprice.
On nous parle enfin de « l’image » du pays. Comme si la Guinée devenait soudain infréquentable parce que l’État ose rappeler à l’ordre des partis paresseux. Non, ce qui ruine l’image d’une démocratie, ce n’est pas la sanction prévue par la loi, mais l’impunité chronique. Dans n’importe quel État sérieux, un parti qui piétine ses propres statuts est radié sans sommation. Ici, on parle juste de suspension. Presque une caresse.
Au fond, derrière les indignations en carton d’Aboubacar Biro Soumah, il n’y a rien de neuf : la vieille rhétorique guinéenne consistant à accuser l’État pour masquer ses propres manquements. Une diversion grossière, mais qui marche encore sur quelques naïfs. La suspension du MATD est légale, proportionnée, et surtout contestable en justice. Que l’UFDG, le RPG ou le PRP saisissent la Cour suprême s’ils se sentent victimes. Voilà le vrai test de l’État de droit.
En attendant, il faudrait rappeler à certains que crier « persécution » chaque fois que la loi s’applique n’est pas un programme politique. C’est une manie. Et une manie qui finit toujours en caricature.
L’Abeille
« Du miel pour les esprits, du venin pour les imposteurs. »
Pour Infosbruts.com