Guinée, 23 août (Infosbruts.com) – On les entend déjà pousser des gémissements lyriques, soupirer à l’unisson, se lamenter comme au théâtre : « persécution », « chasse aux sorcières », « démocratie bâillonnée »… Les ténors du RPG, de l’UFDG et du PRP semblent s’être soudain découverts une vocation de tragédiens dès qu’une sanction s’abat sur eux. Pourtant, la réalité est d’une banalité confondante : pas de compte bancaire, pas de congrès organisé, pas même le respect des obligations légales les plus élémentaires. Bref, beaucoup de discours, très peu de sérieux.
Et parce qu’on leur rappelle aujourd’hui ces règles qu’ils feignent d’ignorer, nos champions autoproclamés de la victimisation s’inventent un destin de martyrs de la démocratie. Comme si le simple fait d’appartenir à l’opposition conférait une immunité céleste, une dispense de se plier aux lois de la République. Pourquoi s’embarrasser d’ouvrir un compte bancaire, après tout, quand on peut se contenter d’ouvrir un carnet de doléances ?
Soyons clairs : un parti politique n’est pas une échoppe de quartier, encore moins une confrérie de plaignants professionnels. Gouverner, c’est d’abord prouver qu’on est capable de respecter des règles, de gérer des institutions, des comptes et des échéances. Si, déjà depuis l’opposition, on peine à se conformer à trois lignes de règlement administratif, comment prétendre demain gérer un État aux cent défis autrement plus complexes ?
Mais voilà : assumer n’est pas leur fort. Alors on préfère le grand numéro de théâtre. « Nous sommes persécutés », hurlent-ils, oubliant que le ridicule, lui, ne tue pas. Dommage, car il devrait.
A un mois du référendum, la conséquence est limpide : ces partis se sont mis eux-mêmes hors-jeu, non pas par la faute d’un pouvoir supposé tyrannique, mais par leur propre légèreté. Ils offrent au gouvernement, sur un plateau d’argent, un boulevard politique qu’il aurait tort de ne pas emprunter. Qu’ils cessent donc de crier au complot et commencent, pour une fois, à assumer leurs responsabilités. La démocratie ne se nourrit pas de lamentations, mais de discipline, de rigueur et de crédibilité.
En attendant, les Guinéens, eux, observent ce spectacle avec une lassitude croissante. Car au fond, tout le monde l’a compris : notre opposition s’est taillé une spécialité unique au monde, celle de la compétition internationale des pleurnicheries politiques. Une médaille d’or qu’elle remporte chaque année, sans concurrence, mais dont elle se passerait bien si elle prenait enfin au sérieux ce que signifie faire de la politique.
Chérif Sampiring Diallo
Éditorialiste InfosBruts.com
« Une plume au service de la Guinée »