Guinée, 22 août (Infosbruts.com) – Il y a des hommes qui, par leur trajectoire sinueuse, finissent par incarner à eux seuls l’histoire trouble des régimes qu’ils ont servis. Tibou Camara est de ceux-là. Hier plume zélée de Lansana Conté, aujourd’hui exégète improvisé du bon sens, ce rhéteur à la mèche savamment rebelle s’est construit une spécialité rare : justifier l’injustifiable, expliquer l’inexplicable, et, lorsqu’il n’y a plus rien à défendre, se réinventer en donneur de leçons de morale et de théologie.

Car le paradoxe est là : celui qui fut, tour à tour, conseiller d’un pouvoir grabataire, laudateur d’une junte en quête de respectabilité, griot ministériel d’Alpha Condé avant d’être brutalement congédié, s’improvise aujourd’hui en Cassandre des temps modernes. Mais à l’inverse de la prophétesse antique, qui disait vrai sans être crue, Tibou dit faux avec l’aplomb de celui qui croit toujours avoir raison.
Le sophiste des anciens régimes manie la dialectique comme d’autres manipulent les chiffres : avec désinvolture, mais aussi avec l’habileté d’un prestidigitateur. Chaque chute devient, par la magie de ses formules, une renaissance ; chaque compromission, une preuve de maturité ; chaque reniement, un pas de plus vers la sagesse. A ce rythme, on se demande si demain, il ne s’autoproclamera pas philosophe officiel de la République ou imam suprême de la modération politique.

On le croyait définitivement rangé dans les archives poussiéreuses de la IVe République guinéenne, aux côtés de ces ministres éphémères qui disparaissent sans laisser d’autre trace qu’un communiqué de nomination. Le voilà qui ressurgit, l’air grave, citant Aristote et versets coraniques, s’érigeant en conscience morale d’un pays qu’il a pourtant contribué à abîmer par ses acrobaties oratoires.
François Sagan disait que certains ont le destin qu’ils méritent, d’autres les journaux qui les accueillent. Tibou Camara, lui, a les tribunes qu’il s’octroie. Mais derrière les belles phrases, les admonestations pseudo-morales et les références théologiques de circonstance, demeure un silence plus assourdissant : celui de ses responsabilités passées, de ses silences complices et de ses volte-face calculés. En vérité, son talent n’est pas de penser, mais de survivre. Et cela, dans une Guinée en quête de sincérité politique, relève moins de la vertu que du vice érigé en art de vivre.
Chérif Sampiring Diallo Éditorialiste InfosBruts.com
« Une plume au service de la Guinée «