Guinée, 21 août (Infosbruts.com) – L’ancien ministre Amadou Thierno Diallo estime que l’engagement constitutionnel de garantir la gratuité de l’enseignement et son caractère obligatoire jusqu’à 17 ans relève d’une « promesse irréalisable ». A première vue, l’argument paraît pragmatique : l’État guinéen, déjà fragilisé budgétairement, ne saurait assumer un tel fardeau. Mais à y regarder de plus près, la critique manque sa cible. Car une Constitution n’est pas un budget, mais une boussole. Elle ne décrit pas l’existant, elle fixe un horizon.
De nombreux pays ont inscrit dans leur loi fondamentale des droits sociaux qui n’étaient pas immédiatement réalisables : le Brésil a constitutionnalisé en 1988 le droit universel à la santé, alors même que son système hospitalier était exsangue ; l’Afrique du Sud, en 1996, a inscrit le droit à un logement décent, tout en sachant que des millions de citoyens vivaient encore dans des bidonvilles. Ces choix n’étaient pas des « illusions » : ils ont servi de leviers pour orienter les politiques publiques, mobiliser des financements et contraindre les gouvernements à rendre des comptes.
Parler de « parjure constitutionnel » est donc une exagération. Dans les faits, ces engagements constitutionnels sont souvent mis en œuvre de façon progressive, par étapes, en fonction des ressources. Le Sénégal, par exemple, a affirmé dans sa Constitution de 2001 le droit à l’éducation et à la santé pour tous, sans pour autant les réaliser instantanément. Mais leur inscription dans le texte fondamental a renforcé la légitimité des revendications sociales et structuré le débat public.
La sincérité d’une Constitution ne se mesure pas à son réalisme budgétaire du moment. Elle réside dans sa capacité à porter une vision et à exprimer un contrat social. En proclamant la gratuité et l’obligation scolaire jusqu’à 17 ans, le projet guinéen ne promet pas l’impossible : il affirme un choix de société, celui d’investir dans le capital humain, clé de tout développement.
Le vrai danger ne serait pas d’afficher trop d’ambition, mais au contraire de se résigner à l’étroitesse des moyens actuels. Une Constitution timorée, vidée d’aspirations collectives, serait bien plus stérile que celle qui ose tracer un chemin exigeant.
Chérif Sampiring Diallo Éditorialiste InfosBruts.com
« Une plume au service de la Guinée «