Guinée, 17 août (Infosbruts.com) – Un étrange paradoxe, teinté d’hypocrisie, traverse aujourd’hui l’opinion guinéenne. Les mêmes militants de l’opposition qui rejettent avec vigueur la refondation prônée par le Général Mamadi Doumbouya n’hésitent pas, dans le même temps, à glorifier les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES).
En Guinée, les critiques fusent contre la transition, jugée trop longue ou trop autoritaire ; mais au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, Ibrahim Traoré, Assimi Goita et Abdourahamane Tiani sont célébrés comme des super panafricanistes, héros de la souveraineté africaine.
Ce contraste interroge. Car dans les faits, les trajectoires se ressemblent : partout, des militaires qui prennent le pouvoir au nom de la rupture, dénoncent une élite politique discréditée et promettent de refonder l’État. Ce que l’on acclame à Ouagadougou comme un acte de résistance historique est dénoncé en Guinée comme une confiscation du pouvoir.
La clé réside dans le regard. A distance, il est aisé d’idéaliser : les transitions du Sahel deviennent des écrans sur lesquels se projettent les rêves d’un nouvel ordre panafricain. Les dirigeants de l’AES, en affichant leur opposition frontale à l’ingérence étrangère, cristallisent un imaginaire collectif de renaissance. Mais sur le terrain, en Guinée, la proximité rend tout plus rugueux : cherté de la vie, lenteur des réformes, impatience sociale. Là où l’héroïsme nourrit l’imaginaire ailleurs, il s’effrite au contact du quotidien ici.
Cette attitude révèle une incohérence majeure. L’intransigeance d’Ibrahim Traoré est saluée comme patriotisme, celle du Général Mamadi Doumbouya décriée comme tyrannie. La suspension des institutions est tolérée à Bamako, mais condamnée en Guinée. Pourtant, Doumbouya ne s’écarte pas de la même logique de souveraineté et de refondation. Alors pourquoi l’opposition guinéenne s’obstine-t-elle à refuser à son propre pays ce qu’elle célèbre ailleurs ? Cette sélectivité ne relève plus de la critique démocratique, mais bien d’une hypocrisie politique.
L’essentiel devrait pourtant s’imposer : juger les transitions à l’aune de leurs résultats, et non selon un prisme émotionnel ou partisan. Ni idolâtrie aveugle, ni rejet systématique. Car qu’il s’agisse de Ouagadougou, de Bamako, de Niamey ou de Conakry, l’avenir ne se mesurera qu’à une seule échelle : stabilité retrouvée, institutions solides, perspectives pour les citoyens.
L’avenir de la Guinée ne se construira pas dans le dénigrement permanent ni dans la tentation de l’ailleurs idéalisé. La refondation, telle que la conduit le Général Mamadi Doumbouya, mérite d’être évaluée avec la même exigence et la même reconnaissance que celle de ses homologues sahéliens. Refuser cette équité, c’est entretenir une schizophrénie politique qui fragilise le débat et trahit les intérêts du peuple.
Chérif Sampiring Diallo Éditorialiste InfosBruts.com
« Une plume au service de la Guinée «