Afrique du Sud, 2 mai (Infosbruts.com) – Dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions sociales et économiques, les violences visant des ressortissants africains en Afrique du Sud continuent de susciter une profonde inquiétude. Ce phénomène, récurrent dans certaines zones urbaines et périurbaines, dépasse désormais le cadre de simples incidents isolés pour s’imposer comme un signal d’alarme sur l’état des relations intra-africaines.

L’Afrique du Sud, souvent présentée comme l’une des principales puissances économiques du continent, porte encore l’héritage symbolique de sa lutte contre l’apartheid. Cette histoire, marquée par la quête de dignité et de justice, contraste aujourd’hui avec des scènes où des Africains venus d’autres pays du continent deviennent les cibles de violences, d’intimidations et parfois d’expulsions forcées.
Dans les quartiers populaires comme dans certains centres urbains, les témoignages se ressemblent : des commerces attaqués, des biens pillés, des familles contraintes de fuir et des vies bouleversées dans l’urgence. Ces violences s’inscrivent dans un climat où la peur devient un élément du quotidien pour de nombreux migrants africains installés dans le pays.

Derrière ces tensions, les causes sont multiples et profondément enracinées. Le chômage élevé, la précarité sociale, les inégalités économiques persistantes et la pression sur les services publics créent un terrain propice aux frustrations. Dans ce contexte, l’étranger africain est parfois perçu, à tort, comme un concurrent direct dans l’accès aux ressources limitées, ce qui alimente des tensions identitaires dangereuses.
Mais réduire le phénomène à une simple rivalité économique serait une lecture insuffisante. Il s’agit également d’une crise de représentation et de construction sociale. L’absence de politiques d’intégration efficaces, la faiblesse des mécanismes de cohésion communautaire et certaines formes de discours stigmatisants contribuent à fragiliser davantage le tissu social.

Au fil du temps, cette situation a produit une forme de banalisation inquiétante. Les violences ne sont plus toujours perçues comme des ruptures, mais parfois comme des épisodes récurrents d’un cycle difficile à interrompre. Cette normalisation constitue sans doute l’un des aspects les plus préoccupants de la crise actuelle.
Face à cela, les réponses institutionnelles, bien que présentes, semblent insuffisantes au regard de l’ampleur du phénomène. Les interventions sécuritaires ponctuelles et les déclarations politiques d’apaisement ne suffisent pas à enrayer des dynamiques qui trouvent leurs racines dans des problèmes structurels profonds. Tant que les questions de pauvreté, d’emploi et de justice sociale ne seront pas traitées de manière globale, les tensions risquent de persister.
Au-delà du cas sud-africain, cette situation pose une question plus large à l’échelle du continent : celle de la cohérence du projet africain lui-même. Comment construire une intégration réelle si, sur le terrain, des Africains continuent d’être perçus comme des étrangers hostiles par d’autres Africains ? Comment parler de solidarité continentale lorsque les fractures sociales se traduisent par des violences entre frères de continent ?

L’enjeu dépasse donc la seule gestion sécuritaire. Il touche à la nécessité de repenser les bases de la cohésion africaine, non pas uniquement dans les discours diplomatiques, mais dans les politiques concrètes d’inclusion, d’éducation et de développement partagé.
Car au fond, ce qui se joue ici n’est pas seulement la question des migrations intra-africaines, mais celle de la capacité du continent à transformer sa diversité en force plutôt qu’en ligne de fracture.
Dans ce contexte, une évidence demeure : aucune construction africaine durable ne pourra se consolider sur la méfiance entre ses propres peuples. La fraternité africaine, si souvent invoquée, ne peut survivre que si elle est incarnée dans les pratiques sociales, économiques et politiques du quotidien.
Par Imam chroniqueur Babacar Diop pour Infosbruts.com















