Labé, 12 août (Infosbruts.com) – Installée à Donghol Thiernoyah, dans la commune urbaine de Labé, Nenan Fatoumata Binta Diallo exerce depuis 25 ans le métier de teinturière. Dans un entretien accordé à Infosbruts.com à travers notre reporter Binta Sampiring Diallo, elle revient sur son parcours, les avantages tirés de son activité, les difficultés rencontrées au fil des années, et lance un appel à l’endroit des autorités et des bonnes volontés.

Un savoir-faire transmis par sa sœur
« Je m’appelle Fatoumata Binta, je suis teinturière à Donghol Thiernoyah. J’ai commencé ce métier il y a 25 ans », raconte-t-elle, fièrement. Son apprentissage débute très tôt, alors qu’elle est encore sous la tutelle de sa grande sœur. « J’étais toute petite. Elle me faisait monter sur un escabeau pour que je puisse atteindre le fût », se souvient-elle, avec émotion. Après avoir acquis les bases, elle se marie et s’installe avec son époux, ouvrant son propre atelier.
Un métier qui fait vivre une famille
Aujourd’hui, son activité constitue la principale source de revenus pour sa famille. « Grâce à ce métier, je réussis à subvenir aux besoins de mes enfants, à financer leurs études, à m’occuper de l’habillement et de la prise en charge quotidienne. Je ne vole pas, je vis dignement de mon travail », témoigne-t-elle avec fierté.

Le processus est rigoureux : « Quand j’achète un ballot, je le découpe en 9 complets. En une semaine, je prépare tout pour aller vendre en ville. Avec le bénéfice, je rachète un autre ballot. Ce cycle me permet de nourrir ma famille », confie cette mère de trois enfants, dont deux garçons et une petite fille.
Entre passion, qualité et difficulté
La qualité de son travail repose sur une méthode traditionnelle, sans ajout de produits chimiques industriels. « Nous utilisons uniquement des produits naturels. La teinture est bien faite, elle ne déteint pas. Le tissu garde sa couleur même après plusieurs lavages », assure-t-elle.
Cependant, la profession n’est pas sans difficultés. Le principal défi évoqué est la baisse de la demande, liée à la concurrence des produits importés. « Avant, nos produits se vendaient en un seul jour au marché. Aujourd’hui, avec l’arrivée des tissus chinois bon marché, nos productions stagnent. Beaucoup de clients ne font plus la différence entre le vrai basin teint à la main et les imitations industrielles. »

À cela s’ajoutent des contraintes techniques : « Certains basins n’absorbent pas bien la teinture. Cela nous oblige à utiliser une grande quantité de produits, ce qui augmente nos charges. Il nous arrive de consommer les intrants prévus pour deux ballots dans un seul. »
Un appel à l’aide
Face à ces difficultés, Nenan Fatoumata Binta Diallo en appelle à l’appui des autorités locales et des personnes de bonne volonté. Elle plaide pour un soutien technique et matériel aux artisanes, afin de préserver ce savoir-faire traditionnel en voie de marginalisation.
Avec Fatoumata Binta Diallo pour Infosbruts.com