Conakry, le 22 mai (IBC) – Alors que le Procureur adjoint de la Cour pénale internationale (CPI) achevait son séjour de travail à Conakry, Maître DS Bah, avocat des parties civiles dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009, a livré un message fort, teinté d’inquiétude, sur l’évolution du procès et les récents développement qui, selon lui, menacent sérieusement l’œuvre de justice.

Prenant la parole devant les représentants de la CPI, l’avocat s’est d’abord félicité du travail accompli jusque-là par les juridictions nationales et internationales.
« Je pense qu’il n’y aurait jamais eu de procès sans votre implication. De ce point de vue, nous pouvons être satisfaits », a-t-il reconnu, avant de formuler une série d’inquiétudes.
Maître Bah est revenu sur la grâce accordée à Moussa Dadis Camara, principal accusé dans le dossier du 28 septembre, à peine 48 heures après l’annonce de l’indemnisation des victimes.
« La grâce est tombée comme un couperet sur la tête des victimes. Le président a certes le droit de gracier, mais cela suppose une condamnation définitive. Or, dans ce cas, l’appel n’a même pas encore été examiné », a-t-il dénoncé.
Selon lui, cette démarche s’inscrit dans une logique inquiétante où la réconciliation nationale est brandie au détriment de la lutte contre l’impunité : « On a le sentiment qu’on sacrifice la justice sur l’autel de la réconciliation. Punir les auteurs de crimes de masse, c’est aussi poser les bases d’une réconciliation durable.
Face à cette situation, Maître DS Bah exhorte la Cour pénale internationale à rester vigilante et à envisager une reprise de son implication si les engagements de l’État guinéen venaient à être bafoués : « le mémorandum signé prévoit que si la Guinée ne respecte pas ses obligations, la CPI peut reprendre le dossier. Et nous craignons que tous les condamnés ne soient graciés, ce qui constituerait une véritable ligne rouge. »
Il demande au bureau du procureur de porter ces préoccupations au sommet de l’État, afin que justice soit rendue dans les règles, conformément aux engagements pris par les autorités guinéennes.
Outre la grâce controversée, l’avocat s’est également interrogé sur le retard pris dans l’examen de l’appel introduit par les parties, ainsi que sur l’absence de calendrier pour deux autres volets du dossier, notamment les cas de Bienvenue Lamah, Toiro et autres, pourtant renvoyés devant le tribunal criminel.
« Nous sommes suspendus à une procédure d’appel dont nous ignorons tout. Le procès est vidé de sa substance. Quant aux autres volets, ils restent sans suite. Il faut une programmation claire et rapide », a-t-il insisté.
En conclusion, Maître DS Bah a appelé la CPI à rappeler au gouvernement guinéen son obligation morale et juridique de respecter le processus judiciaire engagé : « L’indemnisation est importante, mais l’objet final est que les auteurs de ces crimes purgent leur peine. Sinon, l’histoire se répétera et le 28 septembre retombera dans l’oubli. »
Avant de clore son intervention, il a tenu à remercier le procureur adjoint et son équipe pour les efforts déployés dans ce dossier emblématique de la quête de justice en Guinée.
Idrissa Sampiring DIALLO pour Infosbruts.com