Kankan, 08 mars (Infosbruts.com) – L’audience criminelle opposant les communautés de Gbredou Baranama et Sanana s’est poursuivie vendredi 6 mars 2026 devant le Tribunal de Première Instance de Kankan, marquée par les témoignages poignants de trois victimes venues relater les faits qu’elles affirment avoir subis.

À la barre, les victimes ont successivement exposé leur version des événements. Elles ont décrit les circonstances dans lesquelles les faits se seraient produits, tout en évoquant les conséquences physiques, psychologiques et sociales qu’elles disent continuer à subir depuis la survenue de cette affaire.
Livrés avec émotion, leurs témoignages ont permis au tribunal de mieux cerner le déroulement des faits ainsi que leur impact sur la vie des personnes concernées.

Maître Ibrahima kalil Kanté, avocat partie civile
La partie civile évoque la gravité des faits
Prenant la parole après les témoignages, l’avocat de la partie civile, Maître Ibrahima Kalil Kanté, a insisté sur la gravité des faits et sur la nécessité, selon lui, de rendre justice aux victimes.
« Devant le tribunal, aucune des parties civiles n’a pu témoigner sans verser des larmes. Cela démontre la brutalité des actes qui auraient été commis par Gbredou Baranama. Même lorsqu’on leur pose des questions, leurs réponses sont accompagnées de pleurs », a-t-il déclaré.
L’avocat affirme toutefois garder confiance en l’institution judiciaire.
« Nous sommes dans une République où le droit doit être dit dans toute sa rigueur. Cela fait 30 ans que j’exerce la profession d’avocat et j’ai confiance en la justice de mon pays. L’évolution de ce dossier montre que nous aboutirons à une décision saine et juste », a-t-il ajouté.
Selon lui, une décision judiciaire est nécessaire pour apaiser les tensions entre les deux communautés.
« Il y a eu mort d’homme et il faut une décision judiciaire. Cette décision permettra aussi aux autorités locales de prendre les dispositions nécessaires pour mettre fin à l’incident et au différend entre la communauté de Sanana et celle de Gbredou Baranama. Mais aucune négociation ne sera possible tant qu’une décision de justice ne viendra pas solder ce drame », a-t-il conclu.

Maître Mohamed 2 Kourouma, avocat de la défense
La défense dénonce une partialité du tribunal
De son côté, l’avocat de la défense, Maître Mohamed 2 Kourouma, s’est dit insatisfait du déroulement de l’audience, notamment après le rejet de la demande de mise en liberté provisoire du Sotikemo Mambi Condé.
« Je sors de la salle d’audience avec un sentiment très désagréable. Je ne suis pas du tout satisfait du procès d’aujourd’hui. J’ai l’impression que le tribunal est davantage du côté des parties civiles, alors qu’il devrait être neutre et impartial conformément à la loi », a-t-il affirmé.
Il déplore également les renvois successifs du dossier.
« Chaque fois que nous venons ici, l’affaire est renvoyée pour plusieurs semaines, parfois pour un mois, sans raisons suffisamment fondées. Ces renvois répétés donnent l’impression que le tribunal a déjà une position dans ce procès », a-t-il soutenu.

Fode Bintou Keïta, procureur de la République près le TPI de Kankan
Le parquet justifie le rejet de la liberté provisoire
Interrogé sur la question, le procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Kankan, Fodé Bintou Keïta, a expliqué les raisons juridiques qui ont conduit au rejet de cette demande.
« Nous sommes en matière criminelle. L’article 252 du Code de procédure pénale prévoit clairement que tout accusé mis en liberté doit se constituer prisonnier à la veille de l’audience », a-t-il rappelé.
Selon le procureur, l’accusé avait initialement bénéficié d’une liberté accordée par le juge d’instruction.
« Cet accusé avait été mis en liberté par une ordonnance du cabinet d’instruction. Mais lorsque le dossier a été évoqué pour être jugé, nous avons demandé la révocation de ce contrôle judiciaire afin que les personnes concernées réintègrent la maison centrale », a-t-il expliqué.
La défense avait notamment invoqué l’âge avancé du Sotikemo Mambi Condé, âgé d’environ 80 ans.
« L’argument principal de la défense est de dire que le Sotikemo est une autorité morale et qu’en raison de son âge, il devrait bénéficier d’une certaine humanité. Mais la loi reste notre référence et notre boussole. Le Code de procédure pénale est clair : les personnes poursuivies pour les mêmes infractions doivent être jugées selon les mêmes règles », a conclu le procureur.
Procès renvoyé au 13 avril
À l’issue de cette audience, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 13 avril 2026 pour la poursuite des débats.
De Kankan, Abdoulaye Kallo pour Infosbruts.com















