Labé, 17 août (Infosbruts.com) – Dans les allées animées du grand marché de Labé, Oumar Rafiou Fello Kalan est une figure incontournable du commerce de friperie. Depuis 1993, cet homme humble et persévérant a bâti sa vie autour de ce métier, passant de simple vendeur ambulant à grossiste respecté. Son parcours témoigne de la ténacité d’un homme qui a cru en son activité et n’a cessé de s’y investir avec foi et résilience.

Des débuts modestes, une ascension progressive
Oumar Rafiou a commencé par vendre des vêtements d’occasion qu’il obtenait auprès de fournisseurs, moyennant un intérêt, avant de pouvoir constituer ses propres stocks. Très vite, il développe des techniques ingénieuses : recycler des pullovers pour en faire des habits pour bébés grâce au savoir-faire des tailleurs.
« Je prenais les habits avec les gens, je revendais et je rendais le capital avec les intérêts. J’ai ainsi pu me constituer un petit fond, puis acheter un ballot, ensuite plusieurs. Aujourd’hui, je suis grossiste », explique-t-il.
Une activité risquée, mais rentable
La friperie est un commerce qui comporte sa part d’aléas. Selon lui, tout dépend de la qualité du stock. Il n’est pas rare qu’un ballot acheté ne corresponde pas aux attentes, entraînant des pertes considérables.
« C’est un jeu de hasard. Si tu tombes sur un bon ballot, tu gagnes. Sinon, tu perds. Il m’est arrivé de garder un stock pendant un an sans l’écouler », confie-t-il.

Malgré tout, ce métier lui a permis de construire sa maison, de fonder une grande famille et d’avoir une reconnaissance dans la ville de Labé.
Un marché concurrentiel et exigeant
Aujourd’hui, les clients préfèrent de plus en plus la friperie aux vêtements neufs dits « prêt-à-porter », une situation que Oumar attribue à la qualité supérieure et au prix abordable des habits d’occasion :
« Un pantalon pour adulte coûte 5 000 GNF. Pour les enfants, c’est entre 3 000 et 10 000 GNF. Et puis, les modèles sont souvent uniques. Tu ne trouves presque jamais deux habits identiques dans un ballot », précise-t-il.
La question du crédit : entre confiance et désillusion
L’un des défis majeurs auxquels il fait face aujourd’hui, ce sont les clients mauvais payeurs. Certains prennent des ballots à crédit et disparaissent. Il estime que plus de 10 millions de francs guinéens sont entre les mains de débiteurs insolvables.
« Ce sont des gens qui t’inspirent confiance au début. Une fois habitués, ils prennent de grandes quantités, puis disparaissent. Cela nous fatigue énormément », déplore-t-il.

Malgré cela, il continue parfois à faire preuve de solidarité, notamment avec les jeunes vendeurs ambulants, qu’il essaie d’accompagner à ses risques et périls.
Un commerce en toute saison, même sous la pluie
En cette saison des pluies, Oumar Rafiou affirme que les affaires tournent toujours, lentement mais sûrement :
« Chaque fois qu’on vient, on vend un peu. Dieu n’aime pas l’ingratitude. Même si ce n’est pas comme en saison sèche, on arrive à gagner quelque chose », se réjouit-il.
Un appel à la reconnaissance et au soutien
En guise de message aux autorités et aux bonnes volontés, le commerçant n’a qu’un mot : la reconnaissance. Il se félicite de la liberté qu’offre le marché, tout en soulignant que les risques et les pertes relèvent de la responsabilité du commerçant lui-même.
« Si tu envoies un bon stock, tu gagnes. Si c’est mauvais, tu perds. Mais personne ne vient réclamer ta réussite, ni ne compense tes pertes. Nous payons nos impôts et faisons notre part », conclut-il avec sagesse.
Avec Binta Sampiring Diallo pour Infosbruts.com